Article 27 : Le numérique ou l’émancipation des Territoires

Depuis la Loi de décentralisation de 1981, dont l’objectif était de redonner une légitimité territoriale tout en développant l’idée d’une Europe des régions, celles-ci ont dès lors bénéficié des aides de Bruxelles pour gérer leur propre territoire. L’objectif était de donner aux régions les moyens modernes de leur développement.

C’est aujourd’hui devenu une certitude : les nouvelles technologies sont un puissant facteur de modernisation, d’accélérateur de croissance et d’attractivité pour nos territoires. Elles sont d’ailleurs indispensables pour offrir aux citoyens et aux entreprises des conditions optimales d’émancipation, de développement et d’insertion dans la société. Historiquement, ce fut autrefois le cas pour le développement des réseaux d’eau et ceux de l’énergie ou pour les axes de transport, mais aujourd’hui c’est sur le fond d’un déploiement mondial des technologies numériques et à travers les réseaux d’information et de communication que s’opère une transformation durable des économies locales, et, par-là, celle de nos modes de vie, quels que soient les territoires considérés.

Des TIC pour autonomiser, sécuriser et moderniser le territoire

Il convient de l’affirmer : c’est grâce à la révolution numérique que les collectivités pourront proposer un service public de meilleure qualité et simplifier la vie quotidienne des usagers. En quelques années seulement, les collectivités territoriales sont devenues de véritables incubateurs de l’innovation, des territoires où peut s’exprimer l’intelligence territoriale, avec de nombreux exemples : l’avènement du très haut débit, services en ligne dématérialisés, éclairage public intelligent, capteurs pour mesurer la qualité de l’air, transports collectifs automatisés, véhicules équipés de bras robotisés pour la collecte des déchets, plateformes numériques de participation citoyenne, services de télémédecine, surveillance des risques d’incendies par drones, vidéoprotection, etc. Les exemples concrets d’innovations technologiques au service de nos concitoyens et de la modernisation des territoires sont infinis.

Ces technologies qui connectent nos territoires les rendent aussi plus « intelligents » grâce à un ensemble de systèmes dits « smart ». Ces systèmes sont reliés au système nerveux central, qui est chargé de stocker et d’analyser des millions de données collectées (big data). L’émergence des « smart cities » doit être certes encouragée, accompagnée et, surtout, contrôlée.

Les avantages procurés par la révolution technologique de nos territoires sont nombreux : une gestion des ressources plus économe, des services publics qui gagnent en performance, une empreinte écologique moins lourde, un entreprenariat local qui se dynamise. Mais surtout, c’est en favorisant le déploiement de nouvelles technologies que les communes, les départements, les intercommunalités, les métropoles et les régions vont pouvoir contribuer à faire progresser l’offre de service public en simplifiant la vie quotidienne des usagers.

Cet effort de modernisation est aussi très intéressant pour les collectivités elles-mêmes, car l’optimisation de leurs équipements et de leurs infrastructures, en devenant source d’économies, apporte une réponse à leurs difficultés budgétaires. Les politiques d’innovation des collectivités territoriales ne s’appuient d’ailleurs pas seulement sur les nouvelles technologies. Elles reposent surtout sur des changements organisationnels. Quelle que soit la forme prise par ces innovations, les élus locaux vont avoir à cœur qu’elles ne soient pas créatrices de nouvelles fractures territoriales, mais au contraire qu’elles se retrouvent porteuses de davantage de cohésion sociale, économique et culturelle.

Ces élus ont aujourd’hui pleinement conscience que ces innovations ne peuvent être portées qu’en partenariat avec d’autres acteurs, publics et privés. Les exemples présentés sont des projets collaboratifs, qui impliquent différents acteurs du territoire : entreprises, citoyens, partenaires académiques et institutionnels.

Pour les collectivités, les avantages d’une telle révolution technologique sont nombreux. Il convient ici d’insister sur l’importance de différents objectifs : la gestion plus économe des ressources, l’amélioration de la performance des services publics, l’allègement espéré de l’empreinte écologique, le développement d’un entreprenariat local plus dynamique.

Connecter le territoire en favorisant le lien social et le bien-être collectif

Avec l’installation de la 5G dans le paysage territorial, il est crucial de fixer des règles strictes pour préserver la santé des citoyens et protéger les données à caractère privé, mais aussi d’instaurer une politique efficace en matière de cybersécurité. En effet, ce nouveau réseau mobile ultraperformant va permettre une connexion sans fil des personnes et des infrastructures. Ce qui constituera un nouvel actif pour un pilotage intelligent des territoires et favorisera le développement de nouveaux usages numériques. Au regard du débit élevé et de la faible latence de la 5G, une grande diversité des usages voit actuellement le jour dans le secteur de la santé, ainsi que dans les transports, l’industrie et le commerce. Désormais, la réalité augmentée va faciliter la détection des anomalies au sein des réseaux et améliorer directement la performance. Ces grands bouleversements technologiques vont contribuent à structurer des territoires connectés intelligents au service du bien-être collectif.

Désormais, il est assez largement partagé que la valeur d’un territoire est en grande partie fonction de sa capacité d’innovation. Pour créer de la valeur ajoutée ou pour attirer des hommes, des entreprises et des ressources, il est indispensable que les collectivités misent sur les nouvelles technologies. Comme on le sait, celles-ci permettent certes de créer localement de la connaissance et de l’activité, mais elles permettent aussi et surtout de produire davantage de liens et de favoriser la cohésion sociale.

Aujourd’hui, la digitalisation des territoires représente un enjeu de taille pour les collectivités locales. Du fait de sa connaissance parfaite des besoins locaux et de sa proximité naturelle avec les populations, ces rouages administratifs ont la légitimité nécessaire pour mieux outiller ses territoires en dispositifs d’inclusion numérique adaptés. Dans l’objectif de lutter contre les inégalités territoriales, il est indispensable de réétudier la pertinence de certaines politiques publiques locales et d’œuvrer à un ciblage amélioré des investissements publics.

Une émancipation qui passe par la mobilité de demain

Les objectifs de demain passent également par une mobilité mieux organiser et plus intelligente : se déplacer mieux, de manière plus confortable, plus sûre, plus accessible, plus écologique, en restant connecté avec de nouveaux services à portée de main. Mais aussi gagner du temps pour soi. C’est le credo notamment d’Île-de-France Mobilités qui innove et investit continuellement pour développer et moderniser les transports en commun et offrir aux voyageurs de nouvelles solutions de mobilités pour leurs déplacements aujourd’hui, mais aussi futurs.

Sa Présidente Valérie PECRESSE a soutenu par exemple le développement d’une application multimodale à disposition des usagers et qui sera, selon elle, le « passeport de la mobilité en Ile-de-France et un outil indispensable pour lutter contre la pollution en réduisant l’utilisation de la voiture personnelle ». Ce nouvel agrégateur permettra concrètement de s’informer en temps réel des options de déplacements avec l’ensemble des modes de transport, de disposer d’un compte unique pour accéder de manière fluide à toutes les mobilités (transports en commun, vélos et trottinettes en libre-service, covoiturage, autopartage…).

Le chantier de la transformation digitale des territoires va prendre du temps car ils sont confrontés à des défis,  tels que la rentabilité de ces technologies, le temps de mise en œuvre et de coordination, ainsi que la mesure de ces investissements tant sur l’aspect financier que sur les conséquences écologiques, sanitaires et sociétales. Une question se pose : les hommes seront-ils devant ou derrière la machine ?

Bernard Chaussegros