01-12-2014 | Les Echos | Google : construire ensemble plutôt que démanteler |

En 2014, dans ses publications et tribunes, Bernard Chaussegros s’est principalement penché sur l’économie et la portée concurrentielle de ce secteur, soucieux du bien-être des acteurs composants celui-ci, il a notamment signé en 2014 une tribune publiée dans Les Echos.


Des parlementaires européens ont adopté le jeudi 27 novembre une résolution appelant à « la dissociation des moteurs de recherche des autres services commerciaux ». Nous souhaitons signifier par cette tribune notre profonde inquiétude face à une mesure visant directement les moteurs de recherche, qui est incompréhensible.

Incompréhensible, car, en prenant officiellement une position de cette nature, le Parlement européen outrepasse ses attributions en exerçant une pression politique sans précédent sur la Commission européenne, dont il relève de juger et de traiter les dossiers de concurrence dont elle est saisie, en fonction des éléments qui lui sont apportés.


Nous en appelons à une prise de recul face aux pressions immédiates et aux solutions simplistes. La question n’est pas de savoir si l’on est favorable ou non à ce que Google se voie sanctionné par les autorités européennes. La Commission tranchera là-dessus, et elle a suffisamment démontré sa capacité à refuser les propositions de Google pour que son indépendance de pensée ne fasse plus aucun doute. Ce qui doit nous interpeller, c’est la tentative de prise en main politique d’un processus d’enquête mené par la Commission depuis près de quatre ans. Il faut sûrement y voir une nouvelle manifestation des craintes soulevées par la transformation numérique de notre économie; un nouveau remède simple d’apparence contre une situation qui semble parfois nous dépasser.

Pourtant, nous sommes convaincus que la solution n’est pas là. La transformation numérique apporte au moins autant d’opportunités que de défis, une attitude défensive à l’extrême ne nous aidera pas à en tirer parti. Nous devons unir nos efforts, tous autant que nous sommes, pour aider la nouvelle génération d’entrepreneurs européens à devenir les géants du Web de demain. Que ceux qui y voient un rêve impossible demandent à Criteo ou BlaBlaCar ce qu’ils en pensent !

Nous devons créer les conditions du succès pour nos pépites européennes. C’est un travail de longue haleine, qui se joue des solutions simplistes. Le démantèlement de Google en Europe n’y contribuerait aucunement : ses principaux concurrents sont américains, et ce sont eux qui tireraient le plus grand bénéfice de sa disparition. Pire, une ingérence politique aussi marquée dans une procédure réglementaire enverrait un signal négatif aux investisseurs intéressés par les start-up européennes. Nous appelons à une vision plus optimiste de la révolution numérique; à croire à nos forces, plutôt qu’à craindre nos faiblesses. Donnons plus de moyens à nos start-up en simplifiant leur fiscalité et leur droit du travail, en créant des réseaux de soutien paneuropéens, et en incitant les grands groupes et les Etats à travailler plus et mieux avec elles. C’est en faisant confiance à nos entrepreneurs et à nos innovateurs, et non en nous repliant sur nous-mêmes, que nous ferons triompher l’Europe du numérique.

Bernard Chaussegros, dirigeant de SmartConsult; Jean-Philippe Feldman, professeur agrégé des facultés de droit à Sciences po; Frédéric Granotier, président fondateur de Lucibel; Jérôme Pouyet, professeur d’économie au CNRS et à l’ENS; Alexandre Malsh, PDG de meltygroup; Georges Fritsch, PDG de Gralon.net; Marc Arthur Gauthey, fondateur de Startups Assembly; Frédéric Sebag, coprésident du Groupe Open; Florin Aftalion, professeur d’économie émérite à l’Essec; Jacques-Alexandre Genet, avocat; Jean-Philippe Delsol, avocat fiscaliste et président de l’Institut de recherches économiques et fiscales; Alain Pietrancosta, professeur à l’Ecole de droit de l’université Paris-I; David Martimort, directeur d’études à l’EHESS et professeur à l’Ecole d’économie de Paris; Nicolas Lecaussin, directeur du développement de l’Institut de recherches économiques et fiscales; Francis Balle, professeur à l’université Paris-II; Stanislas de Bentzmann, PDG de Devoteam.

⌈ La tribune sur Les Echos ⌋