[Presse] 01-02-2017 | La Tribune | En finir avec le handicap du coût du travail français |

Deux mesures très simples et complémentaires seraient à même de remédier définitivement au handicap du coût du travail en France.

Les manifestations du mal français sont nombreuses et désormais trop connues : une croissance atone qui atteint difficilement 1% ; un chômage de masse qui ne reflue pas réellement, malgré tous les efforts de manipulations statistiques réalisés ; une part de marché de la France à l’international en chute libre depuis vingt ans. Elles ont toutes une cause principale désormais bien identifiée : notre coût du travail, qui reste trop élevé.


Il est en effet supérieur à la moyenne de la zone euro et à nos principaux partenaires. Fin 2016, le coût horaire était en France de 36,7 euros, contre 34,7 euros en Allemagne. Le différentiel est encore plus frappant si on le compare à des pays comme le Royaume-Uni (25,4 euros) ou l’Espagne (21%). Si l’on s’intéresse à la seule industrie manufacturière, le constat est identique. Le coût horaire de la main-d’œuvre au 3ème trimestre 2016 s’inscrit à 33,0 euros en moyenne pour l’ensemble de la zone euro, progressant de 1,8% sur un an. Pour la France, le coût horaire dans l’industrie manufacturière ressort à 38,0 euros. En Allemagne, il s’établit à 40,4 euros. Or le coût horaire relativement élevé de l’Allemagne ne freine pas ses exportations car son positionnement haut de gamme lui permet d’absorber ces coûts. La France en revanche ne bénéficie pas, sauf exception, d’un tel positionnement.

 Deux mesures très simples

Le constat partagé n’a pour l’instant pas débouché sur des mesures efficaces car trop complexes ou partielles pour permettre d’apporter une vraie solution. Nous pensons que deux mesures très simples et complémentaires seraient à même de remédier définitivement au handicap du coût du travail en France.

La première mesure consisterait en une baisse du taux d’impôt sur les sociétés à 15% conditionnée au placement de la différence avec le taux actuel (18% environ) dans une réserve dédiée et non distribuable pendant au moins 3 ans. Les ressources ainsi placées serviraient à moderniser l’appareil productif, permettant sa montée en gamme et donc une meilleure compétitivité. Par ailleurs, cela permettrait de retisser les liens entre actionnaires et salariés.

La seconde proposition consisterait, pour les PME et TPE, en une exemption totale de charges sociales ciblée sur les deux populations les plus touchées par le chômage : les moins de 25 ans et les plus de 50 ans. Ces catégories sont celles pour lesquelles la mesure aurait le plus d’effet. Les moins de 25 ans connaissent un taux de chômage de 23%. Depuis mai 2012, le nombre de Français de 50 ans et plus au chômage (catégorie A, B et C) a grimpé de 46%. En Allemagne, le taux de chômage des seniors est repassé de 10,9% en 2007 à 4,9% en 2015. Tous âges confondus, les moins diplômés ont un taux de chômage nettement supérieur à la moyenne (plus de 16%). La suppression des charges serait assortie d’obligations de tutorats croisés entre jeunes et séniors : les premiers initiant les seconds au numérique, les seconds transmettant aux premiers les savoir-faire spécifiques appris durant leur carrière.

Gains directs ou indirects

La mesure peut paraître coûteuse pour les finances publiques, mais de nombreux gains directs ou indirects doivent être considérés, en particulier la préservation du lien entre générations et un allégement considérable pour les caisses d’assurance chômage. La baisse du coût du travail réalisée permettrait aux entreprises d’augmenter leur compétitivité, de gagner des marchés à l’étranger et donc de dégager de la valeur qui se retrouvera, via différents canaux, dans les recettes fiscales. L’Etat verrait ainsi une augmentation nette de ses recettes directes et indirectes grâce à la préservation ou au développement de l’emploi et par symétrie, de la consommation.

Les deux propositions exposées trouveraient leur efficacité dans leur conjugaison, le problème des dispositifs déjà essayés étant leur hémiplégie. Il est en effet nécessaire à la fois de stimuler l’investissement, de conserver les marges et de développer le capital humain. Seule la combinaison de ces trois étincelles est à même de redonner aux entreprises françaises la dynamique compétitive qui leur manque aujourd’hui à l’étranger : sans l’investissement, les technologies sont obsolètes et les coûts fixes trop élevés ; sans les marges, le prix ne peut pas être adapté aux exigences des marchés ; sans le capital humain, le savoir et la créativité manquent.

Par Bernard Chaussegros.

⌈ L’article sur La Tribune ⌋


 

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